La vie est-elle un langage ?

La vie est-elle un langage ?

Préambule : j’ai trouvé beaucoup de références intéressantes, tant des articles universitaires que des vidéos, certains étant à l’extrême limite du sujet. Il sont en hyperlien dans le texte dès leur première mention ou en PAPL à la fin du texte.

Il existe plusieurs façon de définir le langage, toutes s’accordent sur la nécessité d’une conscience pour le mettre en œuvre. S’il est la langue humaine parlée ou signée par une gestuelle particulière, alors seul l’homme peut être qualifié de vivant ; s’il est échange entre deux consciences, les limites de la conscience sont étirées jusqu’aux plantes ; s’il est l’échange en lui-même, alors les machines sont vivantes. On le voit, les trois définitions posent des problèmes quant aux limites de ce que l’on considère vivant. Par ailleurs, la vie ne se limite-t-elle qu’à des échanges ou y a-t-il autre chose, un objet, une entité, un concept impalpable qui pourrait nous faire dire : ceci est vivant, cela ne l’est pas ? Il y a un conflit clair de conception de ce qu’est la vie entre les approches scientifiques et celles vitalistes, l’une traitant l’autre comme une spiritualité, et l’autre accusant l’une de ne traiter qu’avec des cadavres. On peut aussi se demander si Dieu, le Verbe, est vivant ou non, sachant que ce qui vit meurt, ou s’il est autre chose douée de langage mais hors de la vie, en postulant qu’il existe ce qui ne va pas de soi. Le langage peut par ailleurs être un échange entre la conscience et elle-même, ou même au sein d’un seul organisme dénué de conscience comme on le verra, le tout dépendant de la façon dont on définit le langage, car comment échanger seul ? A moins que Dieu ne soit l’immédiat intermédiaire entre la conscience et elle-même. Aussi, se pose toute la question de l’art, message d’une conscience à une autre, et des sens, réactions de l’organisme qui se fait message à la conscience.

En d’autres termes, qu’est-ce que le langage et est-il l’essence de la vie ?

Nous examinerons la thèse du langage comme propre de l’homme, nous examinerons les problèmes de la volonté dans le langage et leurs incidences sur la définition du vivant, la question de la communication entre le corps, la conscience et elle-même, puis la question de Dieu.

I Langage comme propre de l’homme

A La parole, langage par excellence, n’est que humaine (Aristote)

Aucune espèce animale à l’état sauvage ne parle de langues similaires à celles humaines, avec leur grammaire, leur conjugaison, leur vocabulaire. Même si le miaulement du chat peut faire comprendre qu’il a faim, il n’y a pas une grammaire féline. La caractéristique du langage humain, c’est sa capacité d’abstraction. Je peux aussi bien dire « j’ai faim » que penser ce qu’est la faim, mais aussi et surtout l’appliquer à d’autres êtres vivants, on dit bien d’une plante peu vivace « qu’elle a soif ». Un langage, dit Aristote dans le livre IV de L’Histoire des animaux, est le logos, qui se différencie de la phônê par le fait qu’il n’est pas inné et qu’il est plastique et articulé. Il reconnaît toutefois un dialektos aux oiseaux, une forme plus articulée de phônê. Jean-Louis Labarrière trouve cette approche de la phônê trop réductrice car les animaux peuvent exprimer des sensations à leurs congénères. Aussi, le dialektos, qui a sa part d’acquis, rend la distinction entre ces trois concepts floue. Le même Aristote affirme que le langage humain est symbolique dans son mode de signification. Ainsi, si la vie – quoi que ça veuille dire – n’est que langage, seul l’humain est vivant. Problème, on a l’intuition que nos animaux de compagnie sont vivants, et leur perte est un déchirement. On peut même ressentir plus d’empathie dans l’enfance pour un animal fictif que pour un homme. L’enfant de 4 ans préférera sauver la mère de Bambi que Jean Castex.

B C’est remis en cause par la biologie

Par ailleurs, certains animaux ont un langage assez similaire aux hommes, on peut penser aux mammifères marins tels que les dauphins, dont les sifflements semblent revêtir la fonction de la communication entre les différents individus, même si on ne comprend pas encore bien leur signification. Mais ces mammifères ne sont pas les seuls à être doués de langage : une étude sur le comportement des chèvres de 2015 a montré des similarités de bêlements dans des situations similaires au sein d’un même groupe de chèvres, qui étaient différents de ceux des autres groupes dans les mêmes situations. Ces ovidés semblent donc être doués de langages, qui plus est sous une forme orale. Si la vie se définit par le langage et que le langage se définit par l’émission sonore, force est de constater que c’est le cas de certains animaux et que donc le langage n’est pas le propre de l’homme. Par ailleurs, il existe des langues des signes dans le langage humain, et certains singes domestiqués ont réussi à l’apprendre, ce qui renforce et la thèse selon laquelle les animaux sont vivants, et celle qui veut que le langage ne soit pas le propre de l’homme.

C Si c’est pas le langage, peut-être est-ce un certain type de langage : le langage artistique

Changeons de paradigme : jusque lors, le langage était un échange dans le son entre plusieurs individus. Il serait bien réducteur de ne limiter le langage qu’à l’oral, comme on l’a vu avec l’exemple de la langue des signes. On pourrait donc dire du langage qu’il est la communication entre deux consciences, quelque soit le sens du mot conscience – pour la présente sous-partie, ce sera un attribut propre à l’homme – et la forme de cette communication. S’il y a bien une forme de communication que jamais personne ne trouva ailleurs que chez l’homme, c’est celle entre un artiste et son public par l’intermédiaire de l’œuvre d’art. L’œuvre d’art est codifiée : certaines choses ne se font pas. Personne n’appellerait « œuvre d’art » le bruit provoqué par l’enfant qui tape au hasard sur les touches d’un piano ; ça le serait peut-être si Bach le faisait en vue de dire que la musique est illimitée en potentiel. Ce qui fait l’œuvre d’art, c’est la volonté de dire, même de dire qu’on ne peut rien dire. L’art est donc un langage produit du vivant mais qui n’est pas vivant en soi. On dit d’une œuvre très réaliste qu’elle « fait vivant », mais pas qu’elle l’est. Le langage n’est donc pas que la vie.

Puisque ce n’est pas le langage en tant que tel qui est le propre de l’homme mais plutôt un certain type de langage, examinons, afin de voir si le langage est présent chez tout le vivant, la question du langage animal, et celle de celui végétal, avec notamment l’introduction du concept de volonté.

II Volonté et langage : l’œuf ou la poule ?

A Langage et volonté de dire : limite de la conscience dans le vivant animal

Si le langage n’est que l’échange entre deux conscience visant à communiquer, alors les animaux sont doués de langages, donc vivant. En effet, les cris des singes, les chants des oiseaux ou même – allons plus loin – les réactions de fuite d’un lombric face à un danger, qui témoignent de ce danger, pourraient être le fruit d’une conscience. Le problème, c’est que, dans le cas du lombric, il n’est pas évident qu’il ait conscience de l’altérité, de l’apparaître et de la conscience de son prédateur, ou même de l’enfant qui, tout content de sa découverte, s’en saisit et le montre à ses parents… Est-ce donc un langage s’il n’y a pas de volonté de communiquer ? Il apparaît compliqué de le penser, puisque dans ce cas, tout ce qui échange avec une conscience est doué de langage, donc vivant, et ce que ce ne soit qu’une fonction de la vie ou son essence. Pour autant, la science positive met la conscience entre parenthèse, ne la rattachant qu’à une conséquence d’une activité cérébrale. Celui qui perd conscience momentanément ne perd pas la conscience dans une perspective vitaliste, il ne perd que les signes extérieurs de sa manifestation. De là, celui qui, dans le coma, en état d’inconscience, parle, laisse de lui s’échapper un mot, un élément constitutif du langage, donc, s’exprime-t-il dans le langage ? La question ne peut être tranchée qu’une fois établi qu’il est volontaire de son action, il en va de même avec toute forme de vie. En clair, c’est parce qu’il y a volonté, donc conscience, qu’il y a langage et non l’inverse. Un acte de langage involontaire n’est que l’expression d’une phônê.

B Le végétal : conscience ou pas ?

Les végétaux, nous le savons de source sûre depuis 1983, communiquent entre eux dans des situations particulières. Le finaliste pourrait y voir l’expression d’une conscience, le mécaniste y voit une réponse à un certain type de stimulation – en l’occurrence se faire mâcher les feuilles. Pour autant, il peut apparaître qu’il s’agisse d’un langage : il y a communication de façon évidente, mais est-ce seulement volontaire ? Le chêne en train de se faire manger par un herbivore peut-il choisir de dire à tel autre chêne de se protéger mais pas à tel autre ? Selon Baluška, ce langage se fait de façon automatique, et n’est donc pas le produit d’une conscience… Mais il est biologiste, donc pratique les sciences positives, sciences qui ne parviennent pas à « naturaliser la conscience » (Pacherie). Toutefois, cette approche scientifique est à l’origine de la médecine. Ce n’est pas grâce à Heidegger ou à Husserl que les cœurs artificiels fonctionnent de mieux en mieux – ils seraient peut-être même contre cette avancée qui, il est vrai, technicise notre corps. Mais même dans une perspective plus vitaliste, Bergson dit que la conscience vient du mouvement et que, donc, les plantes ont une conscience quasi nulle, endormie, puisque seul le mouvement entretient la conscience. On ne peut donc pas, selon cette thèse, affirmer que le langage soit l’expression d’une conscience, donc soit un langage tout court. Cependant, en retirant l’idée de conscience animée et entretenue par le mouvement, la théorie bergsonienne pourrait admettre une conscience active chez les arbres, malgré les problèmes que cela pose avec les chocs rendant inconscient. En effet, Bergson n’explique pas les aller-retours de la conscience chez l’individu.

Nous avons introduit les notions de conscience et de volonté, essentielles au langage dans la démarche qui fut la nôtre. Voyons donc la question des sens, échange entre le corps et la conscience, et celle de la communication entre la conscience et elle-même via l’expérience que nous faisons de la conscience parlante : la petite voix.

III Le langage comme communication entre la conscience et elle-même

A La question des sens

Un sens, c’est une faculté de recevoir un message du corps. Cette simple définition pose divers problèmes à ceux qui admettent la transsubstantialité de l’âme, son caractère immatériel. En effet, Descartes, avec son assemblage bâtard de l’âme et du corps, échoue a expliquer que des affections physiques soient perçues par l’âme à l’endroit de la stimulation. En effet, si l’âme est localisée dans le corps, comment pourrait-elle ressentir une stimulation extérieure à elle ? Il l’explique par le fait qu’elle est diffuse, mais comment peut-elle être localisée si elle est diffuse, et inversement ? On peut toutefois accorder un caractère immatériel à l’âme qui parviendrait à expliquer la capacité sensorielle par l’élan vital bergsonien. L’âme correspond, dans son paradigme, à cet élan, élan qui est diffus, illocalisable, donc présent partout et nulle part à la fois, ce qui permet de comprendre les sensations. Nous avons parlé de « message » en début de paragraphe. Cela stipule un messager, une conscience du monde, de la finalité, et nous le fîmes volontairement précisément pour remettre cette notion en question. Si tout se passe comme si le monde était conscient, que les lois de la physiques sont parfaites dans notre monde, que la température terrestre est parfaite pour le développement de la vie etc., peut-être est-ce car nul autre monde n’est possible, que donc si les choses eussent été autrement, rien ne pourrait exister. Le comme si stipulant le messager ne va donc pas de soi et, plutôt que de parler de message sensoriel, il serait donc préférable de parler de stimulation, qui ne présuppose nulle conscience. La conscience du monde retirée, il demeure le monde, il apparaît le monde tel qu’il est, froid, parfois cruel, hasardeux comme rien d’autre, et demeure la beauté. Le monde est une parfaite imperfection.

B Est-ce du langage quand je parle seul ?

Diverses études ont prouvé que la petite voix que l’on a tous intérieurement activait les même zone de notre cerveau que celles responsables de l’audition. Cette petite voix est donc un véritable signal sonore, qui nous parle dans le langage. Nous ne pouvons penser dans une langue – ici synonyme de langage – qui nous est inconnue et un bon signe de maîtrise d’une langue acquise est notre capacité de penser en elle, avec elle. « Les frontières de mon langage sont [donc] les frontières de mon monde » (Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus). Pour autant, peut-on qualifier cette voix de la conscience de langage ? Personne n’entend ma petite voix, et, malgré des signes clairs, évidents et positifs de son existence, elle reste un objet assez mystérieux car le propre de nos pensées est de nous être propres. Personne d’autre que moi n’entendra jamais ma petite voix, elle mourra avec moi. Par ailleurs, il est raisonnable de penser que jamais aucun scientifique ne cherchera à écouter nos pensées, déontologie oblige. Elle pose un autre problème : si c’est la conscience qui parle, à qui parle-t-elle ? Que reste-t-il de moi une fois ma conscience retirée ? Une enveloppe corporelle, un cerveau, dans un os, dans de la chair, dans de la peau et c’est tout. Si elle parle avec elle-même, pourquoi l’entend-on ? Il est raisonnable de penser que ma conscience peut prendre le temps de la décision. Entre deux propositions parfaitement égales de conséquences mais différentes, il est normal que dilemme se pose. Mais pourquoi a-t-on toutes les démarches ? « Oui, j’adore le bœuf, en plus j’ai exactement le vin pour l’accorder, mais pourquoi ne pas prendre de l’agneau ou des maquereaux, délicieux avec un Bourgogne ou un Riesling, que j’ai justement dans ma cave ? » Ce qu’on ne parvient pas à comprendre, c’est l’expression dans le langage de la pensée alors que le processus de prise de décision, les idées etc. pourraient nous venir sous forme d’images. Mais le principal problème de cela, c’est que l’on tombe sur un paradoxe bien connu : celui de l’arbre qui tombe en forêt en faisant ou non du bruit si personne ne l’entend, en ceci que parler seul n’est pas communiquer, or le langage se défini par la communication, par l’échange, et par la volonté de communiquer.

Cette volonté de communiquer est présente chez le Dieu des trois monothéismes, examinons donc : s’il est vivant, s’il s’adresse à nous dans le langage, et enfin s’il existe afin de voir si les problèmes que pose Dieu en sont vraiment.

IV Dieu, la vie, le langage

A Dieu est-il vivant s’il existe ?

Une définition par antagonisme de la vie veut que ce qui est vivant, c’est ce qui meurt. Soit on prend Nietzsche au pied de la lettre et on affirme que « Dieu est mort », et que donc il a vécu, soit on se réfère à l’une des deux principales caractéristiques de Dieu dans les monothéismes en affirmant qu’il est éternel, et ne peut donc mourir. Mais ce qui ne meurt pas n’est pas forcément du non-vivant. L’homme qui vivra éternellement sera, biologiquement, un homme, donc de fait un être vivant. Un être vivant, nous dit la science positive, c’est ce qui a de l’ADN. Et là, la question dépend de la religion. L’Islam et le judaïsme considèrent que Dieu ne s’est jamais incarné. Le catholicisme, lui, prétend que le Père s’est fait fils en Jésus. Jésus a existé, nul historien ne doute de cela. Il a donc eu, puisque c’était un homme, un ADN. Mais puisqu’il ne l’est plus, en a-t-il toujours un ? Dieu nous a fait à son image, cela ne veut pas dire que l’homme est Dieu, puisqu’il est imparfait car doté de libre-arbitre en ce qu’il peut faire le bien comme le mal. Donc ce n’est pas en analysant l’homme que l’on comprendra Dieu. Du point de vue scientifique, on peut considérer que Jésus était un homme de son temps, et que donc ce qu’il interpréta comme un message divin ne sont que des circonstances particulières mythifiées et sélectionnées par un biais de sélection. Le plus probable est donc que Dieu, s’il existe, ne s’est pas incarné. S’il ne s’est pas incarné, il n’a jamais été positivement vivant. Pour autant, et cette fois dans une perspective vitaliste inspirée de Bergson, comment du non-vivant pourrait-il insuffler l’élan vital ? Dans une perspective cartésienne cette fois, puisque Dieu a une âme et que ce qui est vivant a une âme, pourquoi Diable Dieu ne serait pas vivant ? En clair, la question du statut de vivant de Dieu dépend de la perspective philosophique adoptée. Le rationaliste met Dieu entre parenthèse, le vitaliste ou le cartésien chrétien affirment le vivant de Dieu.

B Si non, s’adresse-t-il à nous dans le langage ?

Selon la Bible, oui, et dans la langue adamique (Gn, 11). Adam, ça veut dire argile, donc c’est modulable, plastique. La langue adamique est donc de nature à se modifier, comme toutes les langues.

Umberto Eco : la genèse précise pas si les successeurs d’Adam de Babel ont perdu ou conservé la langue adamique. S’ils l’ont conservé, alors elle existe encore aujourd’hui… sauf que y a du temps entre Adam et Babel, et donc elle a évolué pour sûr. Si elle a disparu, alors ces questions ne se posent pas.

Autre pb : Dieu comprend nos prières quelle que soit la langue… mais pouvons nous comprendre celles de Dieu ?

La linguistique ne permet pas de pencher vers une monoglottogenèse, mais plutôt vers une polyglottogenèse : les langues seraient apparues en divers foyers, à divers moments, d’où l’incapacité de la linguistique à trouver le LUCA1 linguistique

Adoptons maintenant la définition du langage comme l’échange entre deux conscience. Dieu est conscient, c’est une des propriétés de sa perfection, il peut donc communiquer avec nous s’il le souhaite, et il le fit si l’on en croit l’Ancien Testament : le buisson ardent, c’est un message d’affirmation du divin. C’est Dieu qui dit « Je suis » à l’homme. Si Dieu existe, il peut échanger avec nous, il le fit.

C Évacuation du problème : Dieu n’existe pas

Il est impossible de prouver une inexistence… dans l’absolu. Or dans l’absolu, tout est possible : je peux me prendre une balle invisible d’un assassin nazi lui aussi invisible… sauf qu’on doit faire abstraction de ça pour pouvoir faire autre chose que de se terrer dans une cave en aluminium. On peut pas prouver formellement une inexistence, mais il n’existe pour l’heure aucune preuve certaine de l’existence de Dieu, donc on peut en faire abstraction. Allons plus loin et évacuons définitivement le problème : prouvons que Dieu n’existe pas, avec le concept de crampe mentale de Wittgenstein dans les Cahiers Bleus et un raisonnement emprunté au Penseur sauvage, un doctorant en éthique animale et épistémologue. Pourquoi vouloir prouver une chose dans l’absolu ? Rien n’est absolument sûr, c’est juste sûr au maximum. Si on considère qu’il ne faut qu’une preuve absolue, est-il possible que je fasse cuire une tranche de bacon en la frottant assez fort entre mes mains dans l’absolu ? Oui, ça ne s’est juste jamais vu… mais rationnellement, on sait que c’est impossible, une preuve absolue n’est donc pas nécessaire. Ceci posé, passons à Wittgenstein. Sa théorie du langage stipule que le sens des mots vient du contexte et non des mots en eux-mêmes. La question « tu veux une patate ? N’a pas le même sens dans une soirée raclette et à une sortie de bar à 5h du matin, pas dans les mots en eux-mêmes. Le sens des mots n’est pas figé, il évolue, même s’il y a une cohérence et que jamais un mot ne prend le sens de son antonyme. Il prend en exemple celui qui dit que la réalité est une illusion – le sceptique philosophique. Quand il dit ça, on pense qu’il a mis le doigt sur une nouvelle compréhension du monde qui veut qu’il n’y ait aucune connaissance absolue, que tout est relatif, etc. Il vient en réalité de tomber dans la crampe mentale, ce qui veut dire qu’il a vidé de leur sens les mots « réalité » et « illusion »… mais aussi qu’il les a rendu synonymes ! Ainsi, ça revient à dire que la réalité n’est pas réelle, puisqu’elle est illusion, que l’illusion est réelle puisqu’elle est illusion. Vous n’y comprenez rien ? C’est le but de sa démonstration : on ne peut employer un mot en synonyme de son antonyme. Appliquons ce concept au mot « exister ». Dire « Dieu existe hors de l’espace et du temps est une crampe mentale, car le propre de ce qui existe, c’est d’être dans l’espace et dans le temps. Si quelque chose peut exister hors espace temps, comment définir l’inexistant ? Dire « il est possible que Dieu existe », compte tenu qu’il n’existe pas, de quoi l’existence est-elle impossible ? Soit Dieu existe mais n’a aucun effet sur le réel et donc n’existe pas, soit il en a, il y a donc des preuves…qu’on n’a pas, donc il n’existe pas jusqu’à preuve du contraire.

Conclusion

En clair, le langage, bien qu’il soit une propriété du vivant, n’est pas sa totalité : des formes de vie sans conscience, donc sans langage, existent. Il est toutefois présent chez tous les êtres conscients, qu’ils soient sociaux ou non, les chats, animaux solitaires, communiquant entre eux et avec les humains. Par ailleurs, la thèse bergsonienne, certes intéressantes par bien des aspects, n’est pas suffisante pour rendre compte du vivant, bercée de finalisme et d’intention qu’elle est. Le langage n’est pas le propre de l’homme. La langue et le langage artistique, en revanche, le sont. Ce qui caractérise le langage, c’est la volonté de communiquer, il n’est donc pas présent chez tous les animaux. Cette même notion de volonté pose problème, une fois celle-ci appliquée à la conscience, car on ne comprend pas ni pourquoi elle s’adresse à nous dans le langage, ni même si c’en est. La question de Dieu pose de nombreux problèmes, notamment quant au caractère vivant du créateur. On peut toutefois affirmer avec un niveau de certitude maximal qu’il n’existe pas, et que, donc, les problèmes qu’il pose ne doivent pas être résolus.

1Last Universal Common Ancestor, dernier ancêtre commun universel en français, premier être vivant. C’est une réalité mais dont on n’a pas de fossile car ce devait être un être unicellulaire vieux de quelques 800 millions d’année.

Kahaime, décembre 2020

Image d’illustration : La tour de Babel, Brueghel l’ancien

PAPL

La chaîne Youtube de Linguisticae, sa vidéo sur Saussure et celle sur Babel, Les vidéos sur la fiction, sur les cancers, sur le fait d’être vivant et sur les chimères de Dirtybilogy, Pelletier Jérôme, « La fiction comme culture de la simulation », Poétique, 2008/2 (n° 154), p. 131-146. https://www.cairn.info/revue-poetique-2008-2-page-131.htm?contenu=article, La chaîne de Christophe Michel, ici, son raisonnement par inférence que je m’apprêtais à utiliser pour affirmer l’inexistence de Dieu

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