N’y a-t-il « point d’objet sans sujet » ?

N’y a-t-il « point d’objet sans sujet » ?

Schopenhauer affirme, dans Le monde comme volonté et comme représentation, livre 1 chapitre 6 qu’il n’y a « point d’objet sans sujet ». Cela veut dire que, sans conscience pour le voir, le monde existe de telle sorte qu’il n’existe pas. Pour que le monde existe vraiment, il faut qu’il soit représenté ; pour qu’il existe efficiencement, il faut nécessairement qu’un sujet soit impliqué.

Ce qui implique : – que le monde au-delà de l’univers observable existe de telle sorte qu’il n’existe pas, qu’il existe sans avoir aucun impact sur nous.

– que puisqu’il faut une conscience et que celle-ci est limitée, le monde matériel n’existe jamais en tant que tel, il n’est qu’une ombre de son idée pour parler en termes platoniciens.

Objections

Premièrement, ce monde – celui au-delà de l’univers observable – existe. Peut-être même y a-t-il une conscience pour le voir – sous-entendu une vie –, conscience dont nous n’avons pas conscience. Pour ce qui est de l’impact de ce monde sur nous, il est manifeste dans l’art qu’il génère. Certes, nous n’avons pas conscience de ce qu’il est, mais nous imaginons ce qu’il peut ou pourrait être, cela se voit dans des œuvres comme Star Wars, Star Trek, ou, plus largement, dans n’importe quelle œuvre montrant des « créatures venues d’un autre monde ».

Deuxièmement, cette ombre, cette « représentation », fonctionne, et ce ne sont pas les applications des lois de la physique – portance des avions, chimiothérapie, prédictions météorologiques, … – qui me donnent tort. À vrai dire, notre emprise, notre approche du monde est de plus en plus fidèle à la réalité matérielle du monde hors représentation. Ainsi, puisque la représentation colle de plus en plus à la réalité, idée et matière tendent à fusionner. Seul le matérialisme est donc fiable.

Réponse à Schopenhauer

Le sujet est un objet comme un autre. Schopenhauer dit en fait qu’il n’y a pas d’objet sans objet. « Oui, et donc ? rétorquerait un professeur. » Le sujet est un objet comme un autre en ce que l’intégralité des phénomènes de conscience sont localisés, physiquement présents dans le cerveau. Cette conscience peut par ailleurs être trompée, ce que le maître allemand reconnaît lui-même avec l’exemple des illusions d’optique. Par là, la conscience est limitée matériellement par des phénomènes aujourd’hui largement documentés et … matériels. Ainsi, le phénomène d’apparaître, base de la phénoménologie que préfigure le plus grand des pessimistes, n’a rien de mystique ou d’idéel, il est physique et ce sont les sciences physiques qui aujourd’hui en traitent. Certes ce phénomène de φαινειν (phainein : apparaître, laissé en grec pour montrer la racine commune à « phénomène » et à « phainein ») est intéressant, mais ce n’est qu’un épi-phénomène, il n’a rien d’efficient. Schopenhauer fait d’ailleurs cette distinction entre l’être et l’exister qu’il reprend à Hegel en appelant la réalité Wirklichkeit (de wirken, agir), et non Realität.

En clair, il y a des objets, et une propriété de certains de ces objets est de prendre conscience de ce fait. Les sciences actuelles améliorent de jour en jour l’emprise de cet objet-sujet qu’est l’homme alors que la phénoménologie ne fait que pointer un trou dans la connaissance qui sera résorbé.

Kahaime, avril 2021

Image d’illustration : Schopenhauer, Basto

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